IN MEMORIAM Le stoïcien des ondes Jean Ferré nous a quittés le 10 octobre 2006 dans sa 77e année. Nous savions sa santé fort dégradée et l'on peut dire qu'il en avait fait le sacrifice au profit de la radio, dont la charge était écrasante. A plusieurs reprises, j'ai été témoin des sacrifices qu'il consentait à la radio qui était toute sa vie. Ainsi fut-il présent au micro, il y a déjà dix ans, les trois heures de son émission alors qu'il souffrait le martyre. C'est pourquoi il y avait du stoïcien chez cet homme qui eut aussi la force morale de supporter, non seulement les coups de ses adversaires mais les trahisons et les attaques venant de ceux qui lui étaient plus proches. Il sut toujours respecter la liberté des "patrons d'émission", au nombre de 60. Je lui suis reconnaissant de m'avoir dès 87, compté au nombre de ceux-là. Il a, à ce prix, constitué un instrument de reconquête du champ culturel, dont l'impact fera date dans l'histoire de la pensée libre. Quand il me reçut à Saint-Germain, je naviguais littéralement entre les piles de livres. Jean Ferré était un des grands de la galaxie Gutenberg. Monarchiste de conviction : « le hasard des chromosomes vaut bien celui des urnes » disait-il, il fut incarcéré à Saint-Maurice l'Ardoise pour sa défense de l'Algérie française. Antigaulliste convaincu, il dut se réfugier en Espagne, interrompant une carrière de journaliste déjà longue et surtout la parution du magazine C'est-à-dire qu'il avait fondé avec Jean-François Chiappe. Revenu en France il est au Figaro magazine. Il rencontre Serge de Beketch a Radio-Solidarité et fonde en 1987 Radio-Courtoisie « la radio libre du pays réel et de la francophonie » où pourront s’exprimer « toutes les droites et tous les talents ». Avec ses défauts et ses qualités, l'homme cultivait une solitude un peu distante, mais lorsqu'il se confiait, son interlocuteur découvrait dans ce scientifique, rompu à la technique des ondes, un aventurier, sensible à la beauté du monde, un critique d'art éminent, spécialiste de Watteau. Il aimait la langue française en esthète sans doute mais aussi en scientifique par goût de la clarté et de la rigueur. Une telle réussite dans les ondes doit durer et accroître son audience, c'est pourquoi chacun aura à cœur d'aider la radio à passer ce moment difficile pour que vive le pays réel et que demeure l'espoir qu'elle avait su, grâce à Jean Ferré, donner aux auditeurs chaque jour un peu plus nombreux. O. P.